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Climat : agir aussi au niveau local !

CARTE BLANCHE

En ce début de mois d’octobre, les stigmates de la sécheresse de cet été 2018 sont encore bien visibles dans nos jardins. À vrai dire, ce n’est pas uniquement votre jardin qui à souffert, mais bien l’ensemble de l’hémisphère nord qui était en surchauffe : incendies de forêt en Scandinavie, en Grèce, en Californie, températures caniculaires en Arctique… Les courbes de température explosent toutes les statistiques et les prévisions. Typhons et ouragans meurtriers, inondations catastrophiques, glissements de terrain, glaciers et inlandsis qui fondent, il n’y a plus aucun doute, que l’on y croie ou pas, c’est un fait : le réchauffement du climat se fait bien sentir et ce n’est qu’un début.

La température mondiale en juin 1976
(Source : NASA Goddard Institue for Space Studies)

La température mondiale en juin 2018
(Source : NASA Goddard Institue for Space Studies)

Nous avons déjà quasi passé le cap des 1°C depuis le début du XXe siècle et l’immense majorité des scientifiques redoutent un effet d’emballement au-delà des 2°C. Autant dire qu’à la fréquence où les années les plus chaudes se succèdent, on y arrivera très vite. À cela, viennent s’ajouter d’autres sombres nuages connexes comme la perte brutale de la biodiversité (80% d’insectes en moins en Allemagne !), la destruction des milieux naturels ou encore la pollution de l’air et des mers. Bref, un superbe héritage légué par quelques générations insouciantes et poussées à surconsommer pour se donner l’illusion d’exister.

Le constat est donc assez simple : nous fonçons dans le mur et il est vital pour la survie de l’humanité (oui, rien que ça) d’opérer une révolution copernicienne sur notre manière de vivre, de produire, de consommer et de se déplacer. Et pas dans cinq générations, tout de suite ! À quoi bon se battre pour les pensions, la baisse des impôts ou encore des soins de santé pour tous dans un monde en feu ?

Oui, nous sommes bien d’accord, mais pourquoi ne le faisons-nous pas ?

Et bien tout simplement parce que notre cerveau, grâce à une série de biais cognitifs, semble incapable d’imaginer le pire sur le long terme. Ce cloisonnement destiné à tenir à l’écart nos peurs primales nous pousse dans le meilleur des cas à détourner la tête et espérer que les solutions viendront d’en haut et des autres et dans le pire des cas à nous plonger dans un déni cynique et mortifère. Ivres de leurs certitudes, les milieux politiques, financiers et économiques sont aussi réceptifs au problème qu’un ivrogne en cirrhose terminale. Malheureusement, refuser de voir un mur ne l’a jamais fait disparaître.

Il est d’ailleurs éclairant de constater le peu de cas que nos dirigeants font de ce problème gravissime qui devrait être la priorité des priorités : ce 24 septembre, le gouvernement fédéral belge, c’est-à-dire les biens peu responsables nationalistes flamands de la NVA adjoints des bien peu éclairés libéraux du MR, a tout simplement saboté la proposition de déclaration politique à propos de la lutte contre les changements climatiques concoctée dans le cadre du Benelux, au grand dam des Pays-Bas et du Luxembourg. Ou encore de voir la SNCB proposant de prendre ses propres usagers en otage (on croit rêver !) en cas de pénurie d’électricité. Alors que les grandes enseignes pourront continuer à éclairer le pays de pubs criardes jours et nuits…

Cet aveuglement pathologique serait bien triste s’il ne concernait qu’un sujet mineur ou accessoire, mais dans ce cas, il s’agit de l’avenir non pas seulement de nos petits enfants, mais déjà de nos propres enfants ! In fine, vos jolis marmots insouciants vont vivre un enfer si rien n’est sérieusement fait. Essayez d’imaginer un été avec des pics de 50°, les routes qui fondent et des tas de gens à la morgue. La canicule de 2003 peut vous en donner un aperçu.

La maison de Guillaume brûle! Mais qui doit éteindre le feu?

Au feu! Dans l'émission de ce soir, un incendie fait rage dans la maison de Guillaume. Mais avant d'agir, il se demande si c'est vraiment sa responsabilité de l'éteindre. Une métaphore (à peine) subtile sur les changements climatiques. À voir dès 22h à Télé-Québec et sur http://telequebec.tv.

Gepostet von L'heure est grave am Montag, 24. September 2018

Mais alors ? Que devons-nous faire ?

Certes, des choix politiques audacieux et probablement pas très populaires doivent être faits au niveau international, européen et fédéral, mais la pression doit également et surtout venir des citoyens qui peuvent directement agir via leur bulletin de vote. Vous pouvez questionner vos candidats et élus locaux, régionaux et insister pour qu’ils soutiennent et portent des projets durables et préparent leurs administrés à opérer la nécessaire et vitale transition.

Comment opérer cette transition à l’échelle politique locale ?

La première chose à faire, c’est la prévention. Que ce soit dans les grandes villes, dans les banlieues ou en milieu rural, il est important que le personnel politique (et administratif) communal soit conscientisé, formé et prêt à appliquer les plans sanitaires en cas de canicules, de sécheresse ou encore d’épisodes pluvieux intenses.

Il s’agit également d’abandonner les vieux schémas d’aménagement et de gouvernance pour une nouvelle manière d’envisager le « vivre ensemble » si cher à certains :

  • Ne plus gaspiller le territoire avec de l’étalement urbain, des lotissements isolés induisant des comportements anti-climat comme le gaspillage d’énergie, la nécessité d’utiliser sa voiture pour le moindre déplacement, etc.
  • Abandonner tout projet routier et autoroutier pour recentrer les moyens colossaux alloués traditionnellement à ce type de transport vers les transports en commun. Le trident de la E420 ou toute autre alternative routière sera obsolète avant même d’avoir été achevé. Les moyens financiers prévus pour ce non-sens seraient vitaux pour, par exemple, revaloriser la ligne 132 en remplaçant les trains actuels, trop grands et peu adaptés aux arrêts fréquents par des trains plus petits ou encore développer une ligne de tram sur la nationale 5 actuelle. Rappelons que le centre de Charleroi est à 9 minutes de Jamioulx ! Refuser la E420 tout en ignorant les solutions alternatives relève du nimby de classe.
  • Tout ceci ne peut être mis en place qu’à condition d’avoir du personnel et des instances compétentes pour y parvenir. Or, dans notre commune, force est de constater que nous en sommes encore à l’âge de pierre par rapport à certaines communes voisines : il n’y a tout simplement pas d’échevin de la mobilité, ni de conseiller en mobilité et encore moins de plan de mobilité !
  • La conception d’un plan de mobilité « climate-friendly » ne peut se concevoir qu’en privilégiant les transports en commun et la mobilité douce. À ce titre, il sera nécessaire de créer et valoriser un réseau cyclable relié aux réseaux voisins (1000 bornes à vélo, etc.). Il sera aussi indispensable de recréer et valoriser un réseau intervillages de chemins et sentiers publics pour privilégier la marche et le vélo. Non, un sentier ne sert pas uniquement au jogging ! Le cas du chemin du Laury à Jamioulx est éclairant sur la manière bien peu respectueuse de l’intérêt collectif et sans vision dont le pouvoir communal actuel à fait preuve depuis des années, gâchant par la même occasion l’opportunité de réaliser un véritable projet de voie verte pour relier quasi à plat Jamioulx à Ham-sur-Heure.
  • De manière plus générale, une réflexion sur l’accessibilité de la ville de Charleroi, son renouveau et probablement sur le fait de parier qu’elle devienne une ville écologique doit être menée en partenariat avec les communes voisines, car cela aura probablement un impact sur la « banlieue » et ses lotissements-dortoirs.

D’autres dispositions sont également à prendre, citons entre autres :

  • Favoriser les circuits économiques courts, l’économie locale durable (AMAP…) et circulaire.
  • Favoriser un modèle agricole et sylvicole durable (agriculture biologique, agroécologie, permaculture…).
  • Promouvoir les aides agroenvironnementales en vue de restaurer les habitats naturels en milieu agricole et forestier.
  • Créer une cellule énergie pour aider et inciter la population à se diriger vers les aides régionales à l’installation de production d’énergie renouvelable et à l’isolation.

Que prévoit la majorité communale actuelle pour affronter un climat déréglé ?

Le MR propose surtout de ne rien faire et de poursuivre une non-politique en usant de la méthode Coué avec le slogan éculé « POUR que la comme d’Ham-sur-Heure – Nalinnes reste LA commune où il fait bon vivre ! ». Un peu comme si tous nos voisins vivaient dans le tiers-monde et nous dans une bulle de confort intemporelle en quelque sorte. Sinon, à part un plan Maya pour la préservation des abeilles et quelques vagues intentions creuses, il n’y a rien au programme de ce parti qui montre que leurs membres aient réellement compris la gravité de la situation et l’urgence à réagir de manière responsable pour se préparer à un avenir difficile. Mais comment leur en vouloir alors qu’au MR niveau régional ou fédéral, rien ne va dans ce sens ?

Quant au crypto-CdH « Vivre ensemble », il propose quelques mesures ayant trait à la mobilité, mesures que cette même majorité a toujours refusé d’envisager et encore moins d’appliquer durant les deux législatures précédentes ! Gageons qu’ils sont sincères, mais c’est sans compter sur le conservatisme viscéral de leur encombrant partenaire. Pour le reste, rien de neuf à l’horizon…

Des élus conscients, responsables et proactifs !

Pour affronter l’immense défi climatique et ses inévitables répercussions locales, il est d’abord indispensable d’être bien conscient des enjeux et des conséquences qui en découleront. Ensuite, un élu responsable sera celui qui prendra les dispositions nécessaires pour assurer une transition la plus douce possible vers de nouveaux comportements, vers une nouvelle manière de faire, de faire de la politique.

La participation citoyenne est plus que jamais d’actualité et il faudra beaucoup de pédagogie de la part des nouveaux élus pour convaincre et encourager la population à passer positivement le cap de la transition. Ceux-ci devront inventer un nouveau système de gouvernance et de prise de décision moins autocratique et plus orientés vers la gestion des biens communs, permettant l’émergence d’un rapport à l’autre, au vivant et à l’environnement qui soit plus soutenable. Un supra-échevinat de la « durabilité » permettrait d’ailleurs de mieux coordonner les projets communaux avec les objectifs définis et d’en garantir la cohérence.

Tout cela implique, outre une prise de conscience généralisée, de se tourner vers d’autres valeurs fondamentales à la place de l’égoïsme et du repli sur soi qui prédominent actuellement dans notre société morose. Nous devons créer de nouveaux récits pour que chacun puisse se projeter avec plus de sérénité dans un avenir plus sobre et mettre toutes les chances de notre côté pour y parvenir en modifiant nos comportements. Les premiers à montrer l’exemple ne sont-ils pas les personnes à qui nous déléguons notre « pouvoir citoyen » ?

En conclusion, on peut citer l’astrophysicien Aurélien Barrau : « L’enjeu est très clair pour les décideurs. Soit ils sont, parce qu’ils savent aujourd’hui plus que tous leurs prédécesseurs, les pires lâches de l’histoire et ils auront une responsabilité sans précédent. Soit ils sont les premiers héros. Mais pour être les premiers héros, quelques beaux discours et un peu de greenwashing ne va pas suffire… »

Par |2018-10-11T17:00:15+00:006 octobre 2018|Catégories : Carte blanche|Mots-clés : , , |

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